
Longtemps sur mon chemin j’ai glané ces instantanés de l’esprit, que les pragmatiques nomment hallucinations, mais qui ont élargi ma réalité. L’horizon est clair, ma détermination nullement entamée par les incarnations infâmes. M’éloignant du tunnel au bout duquel la lumière achève sa méthode, je file mon instinct sans me laisser déstabiliser par les manœuvres de la basse foule animée. Il y a comme de la résilience dans ma renaissance.
J’ai anéanti jusqu’à la déraison
Attirant les cupides vers l’immatériel
La seule geôle visible du ciel
Convoquant Déméter* dans ses fondations
Nul besoin des monstres d’acier pour flotter en-dehors de mon enveloppe charnelle. Le repli introspection est mon moyen de locomotion. Il me transporte dans la contrée des dilemmes ultimes, près des ancêtres qui me montrent la voie, près des sages qui me guident. L’équilibre des paroles pointe entre la cognition et l’instinct.
Tout est possible, là-bas, me disent-ils
Proche des troublantes espérances
Les artisans du chaos réduits à l’outrance
Où les cendres embrassent l’exil
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« J’aimerais te raconter une histoire, j’aimerais te dire que j’y crois encore, mais il me tarde de mettre à bas cette sensation inconfortable qui m’a fait m’éloigner de mon âme d’enfant, dit-elle, déterminée. Faisons face à la réalité : notre histoire a vécu.
— Elle pourrait continuer de vivre, assure-t-il. Je sais que j’ai en moi les ressources pour changer. Sans me transformer, je pourrais devenir l’homme à qui tu souhaites t’adresser.
— J’ai toujours eu envie de m’adresser à toi, et à personne d’autre. Seulement, il me semble que je te parle un peu moins bien chaque fois. Nous sommes toujours connectés, mais plus sur la même longueur d’onde.
— Je ne te croyais pas capable de t’adresser à moi de cette façon, je te félicite. Mais ne crains-tu pas de rester sur un malentendu ?
— Tu me félicites ?
— Oui. Tu vois, je ne suis pas qu’un homme distant et détaché, je t’écoute, et suis attentif à tes ressentis. D’ailleurs, si tu as quelque chose à me reprocher, dis-le-moi franchement.
— C’est vrai que tu ressembles, encore un peu, à l’homme dont je suis tombée amoureuse il y a si longtemps. Et je m’en veux pour cette asymétrie à laquelle j’ai consentie. J’aurais pu fulminer contre toi toute la journée, et patienter jusqu’à ton retour, résolue à trouver les mots justes… Finalement, j’ai hésité à agir avec passion, contre moi-même ! Tu me félicites ? Honte à moi ! Comment ai-je pu être aveuglée à ce point tout ce temps ? »
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Entre les cieux ou l’enfer, mon âme balance. Ma promenade existentielle est baroque, les vibrations sont profondes, la quête, prise en deux feux, tourbillonne et me déséquilibre.
Tout près de la chapelle, dans la cour des réprouvés, je me déplace aux côtés des hommes en blanc. Je suis autorisé à émerger un instant, une poignée de minutes, sous bonne escorte. Si je chute, ils me rattraperont par le bras. Ainsi, ma colonne vertébrale me fait tenir debout, voir loin, déchirant le voile qui enveloppe l’horizon de feu, et je peux m’envoler au-delà du champ des possibles.
Dois-je invoquer les cieux et entrer en contact avec les incarnations éternelles ou m’essayer à arracher la surface du cimetière pour y déceler, au cœur des boyaux souterrains, à l’emplacement de mes larmes séchées, le signe d’une manifestation salvatrice ? Élever mon esprit dans un monde cristallin ou le mettre au niveau d’une dépouille en décomposition ?
Trois le matin, trois l’après-midi, et quatre au soir. Je me promène au rythme de mes dix cachets journaliers, et je ne ressens plus la force de laisser s’échapper la larme qui longtemps m’a démangé pour m’attirer la sympathie des hommes en blanc. Mon âme plonge, les plaines abyssales sont solidement figées entre deux visions. Et le jus lacrymal n’a jamais pu remonter à la surface.
Je signale au monde extérieur que mon Doppelgänger* sévit toutefois en-dehors de ma boîte crânienne, que j’autoriserais volontiers à percer afin de mieux le tracer. Mais alors que l’envol m’était promis, j’aperçois les barreaux de ma cellule se matérialiser: la promenade s’achève, et les hommes en blanc me raccompagnent dans ma chambre capitonnée… Libre à moi de tourbillonner entre les cieux et l’enfer
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