
Entre les cieux ou l’enfer, mon âme balance. Ma promenade existentielle est baroque, les vibrations sont profondes, la quête, prise en deux feux, tourbillonne et me déséquilibre.
Tout près de la chapelle, dans la cour des réprouvés, je me déplace aux côtés des hommes en blanc. Je suis autorisé à émerger un instant, une poignée de minutes, sous bonne escorte. Si je chute, ils me rattraperont par le bras. Ainsi, ma colonne vertébrale me fait tenir debout, voir loin, déchirant le voile qui enveloppe l’horizon de feu, et je peux m’envoler au-delà du champ des possibles.
Dois-je invoquer les cieux et entrer en contact avec les incarnations éternelles ou m’essayer à arracher la surface du cimetière pour y déceler, au cœur des boyaux souterrains, à l’emplacement de mes larmes séchées, le signe d’une manifestation salvatrice ? Élever mon esprit dans un monde cristallin ou le mettre au niveau d’une dépouille en décomposition ?
Trois le matin, trois l’après-midi, et quatre au soir. Je me promène au rythme de mes dix cachets journaliers, et je ne ressens plus la force de laisser s’échapper la larme qui longtemps m’a démangé pour m’attirer la sympathie des hommes en blanc. Mon âme plonge, les plaines abyssales sont solidement figées entre deux visions. Et le jus lacrymal n’a jamais pu remonter à la surface.
Je signale au monde extérieur que mon Doppelgänger* sévit toutefois en-dehors de ma boîte crânienne, que j’autoriserais volontiers à percer afin de mieux le tracer. Mais alors que l’envol m’était promis, j’aperçois les barreaux de ma cellule se matérialiser: la promenade s’achève, et les hommes en blanc me raccompagnent dans ma chambre capitonnée… Libre à moi de tourbillonner entre les cieux et l’enfer